Camille PISARRO
« Le premier des impressionnistes »

Article publié dans la Lettre n° 423
du 17 avril 2017


 
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Camille Pissarro « Le premier des impressionnistes ». Né sur l’île de Saint-Thomas, dans les Antilles danoises, où ses parents d’origine bordelaise s’étaient installés, Camille Pissarro (1830-1903) a appris le dessin et la peinture sans maître, ni école des Beaux-Arts. Arrivé à Paris en 1855 il fait la connaissance de peintres tels que Daubigny et surtout Corot qui lui dit « Puisque vous êtes un artiste, vous n’avez pas besoin de conseils. Sauf celui-ci pourtant : il faut avant tout étudier les valeurs. Vous voyez vert, moi je vois gris et blond. » A leur contact il se passionne, comme les futurs impressionnistes, pour le plein air et le paysage. Mais surtout, durant toute sa vie, Pissarro ne cesse d’innover, tant en peinture qu’en gravure, qu’il apprend avec Degas. C’est le premier à supprimer le noir et l’ocre de sa palette, ne conservant que les trois couleurs primaires et leurs composés, obtenant une peinture claire, typique de l’impressionnisme. Il conseillera à Cézanne d’en faire autant. Ce dernier déclarera que Pissarro est « Le premier des impressionnistes », d’où le sous-titre de cette exposition.
Manifestement plus intéressé par ses recherches en peinture que par un succès commercial, Pissarro ne vécut vraiment de son travail qu’à partir du milieu des années 1890. Cela explique qu’il s’installa avec sa nombreuse famille, dont plusieurs peintres, dans des lieux à la périphérie de Paris, plus abordables financièrement. La présente exposition, reprenant l’ordre de ces différentes résidences, adopte donc un parcours chronologique. En guise d’introduction nous avons l’Autoportrait à la palette, peint vers 1896 et Deux Femmes causant au bord de la mer (1856). Ce dernier est l’un des rares tableaux (on en connaît moins d’une trentaine) évoquant ses débuts aux Antilles où il travaille souvent avec le peintre danois Fritz Melbye.
Sous le titre « Les premières années, 1855-1865 » nous avons des toiles peintes en région parisienne d’une grande maîtrise technique mais sans rapport avec ce qui sera l’impressionnisme. Les Bords de la Marne (1864) est proche des toiles de ses aînés (Daubigny, Corot, Courbet), par son style et son sujet. En revanche, avec Le Jardin de Maubuisson, Pontoise (vers 1867) il montre son intérêt pour la vie quotidienne des paysans avec un grand potager dominé par une colline illuminée par le soleil.
Viennent ensuite « Pontoise, 1866-1868 et Louveciennes, 1869-1872 » ; « Pontoise, 1872-1883 » et « Eragny-sur-Epte, 1884-1903 ». Une exposition au musée du Luxembourg, dont nous rendrons compte dans une prochaine Lettre, est spécialement consacrée à cette dernière période. Les sujets, toujours de plein air, sont variés mais déjà se manifeste son goût pour peindre un même sujet dans des conditions climatiques différentes. Nous avons ainsi La Route de Versailles, Louveciennes, neige et La Route de Versailles, Louveciennes, soleil d’hiver et neige (tous deux vers 1870). Dans les sections « Pontoise », l’impressionnisme est bien là avec des tableaux lumineux. Au début Pissarro s’intéresse toujours aux paysages comme le montrent Bords de l’Oise à Saint-Ouen-l’Aumône (1867), Gelée blanche à Ennery (1873) ou, plus tard, Vue de Bazincourt, temps clair (1884). Mais les habitants, presque toujours des femmes - paysannes, marchandes - prennent de plus en plus de place dans ces tableaux. Nous l’avions déjà vu avec le remarquable Vaches s’abreuvant dans l’étang de Montfoucault (1875). Mais cela est manifeste avec Jeune fille à la baguette (1881), Jeune Paysanne au chapeau de paille (1881), La Charcutière (1883) ou encore La récolte des betteraves (1881) qui aura pour écho La Cueillette des pois (1887).
En 1886, Pissarro rend visite à Georges Seurat pour découvrir Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte, le futur manifeste du néo-impressionnisme. Lui qui avait participé à tous les salons des Impressionnistes, adhère immédiatement à la révolution opérée par Seurat avec son mélange optique. Quatre tableaux « pointillistes » sont exposés dont La Cueillette des pommes (1886) et La Maison de la sourde et le clocher d’Éragny (1886) qui montrent sa maîtrise de cette technique, pas si éloignée au fond de celle qu’il employait.
En 1883, sur les conseils de son ami Claude Monet, Pissarro, désireux de changer de répertoire, se rend à Rouen. Pour lui c’est un choc et il est ébloui par tant de motifs picturaux. Commence alors, comme pour Monet, la réalisation de séries : Le Pont Boieldieu et Le Quai de la Bourse à Rouen, et aussi les ports du Havre et de Dieppe. Après « Les ports normands, 1883-1903 », l’exposition se termine avec « Paris, 1893-1903 ». Pissarro, atteint d’une affection oculaire, est obligé de se protéger des intempéries. C’est donc depuis des appartements qu’il loue qu’il peint ses motifs, vus de haut, à diverses saisons et dans des conditions climatiques différentes, comme Monet. Il écrit à son fils qu’il travaille simultanément sur dix tableaux différents. Nous en avons ici quelques exemples avec le Pont Boieldieu de Rouen (soleil couchant, fumées [1896] et effet de brouillard [1898]), La Place du Théâtre-Français et l’avenue de l’Opéra, temps de brouillard (1897) et les mêmes avec effet de pluie (1898) ; Le Pont Neuf, après-midi, soleil, première série (1901) et Le Pont Neuf, temps gris, deuxième série (1902) ou encore Le Louvre (1900 et 1901).
Ces soixante tableaux rendent hommage, après près de quarante ans d’absence dans des expositions importantes, à ce précurseur qui ne rencontra que tardivement la notoriété, grâce à Paul Durand-Ruel qui l’encouragea et le fit mieux connaître. Nous avons la chance d’y découvrir huit toiles jamais exposées en France et vingt-cinq autres que l’on n’avait pas vues depuis plusieurs dizaines d’années, voire plus de cent ans. Une très belle exposition, dans une scénographie limpide, avec des panneaux et des cartels intéressants et lisibles. R.P. Musée Marmottan Monet 16e. Jusqu'au 2 juillet 2017. Lien : www.marmottan.com.


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