18e, AUX SOURCES DU DESIGN
Chefs-d’œuvre du mobilier 1650 à 1790

Article publié dans la Lettre n° 378
le 9 février 2015


 


18e, AUX SOURCES DU DESIGN. Chefs-d’œuvre du mobilier 1650 à 1790. Le titre est trompeur tant nous associons le mot design à des créations contemporaines cherchant à associer esthétique et fonction. Mais c’est bien en 1712 que ce mot fut introduit par Shaftesbury dans la théorie de l’art, pour unifier le processus de conception et celui de mise en forme de l’œuvre, le « dessein » et le « dessin ». Au fond peu importe car ce que nous voyons ici est avant tout un ensemble prodigieux d’une centaine des plus beaux meubles fabriqués au XVIIIe siècle. Ils proviennent de Versailles, bien sûr, où l’on a l’obsession de remeubler le château comme il l’était à l’époque de ses royaux occupants, mais aussi de Fontainebleau, du Louvre, du musée des Arts décoratifs, du Getty Museum et de collections privées. La présentation est remarquable. Chaque meuble est présenté sur une estrade. Les panneaux à l’entrée de chacune des 19 sections et les cartels sont très lisibles et surtout très instructifs.
Le parcours commence curieusement par un magnifique cabinet du 17e siècle ! Point de départ des nouvelles recherches en matière de mobilier, le cabinet, et tout particulièrement celui-ci, évoque le faste et le luxe déployés sous Louis XIV pour les grands meubles d’apparat. Nous entrons ensuite au cœur du sujet, avec une commode et un bureau à six pieds du grand ébéniste André Charles Boulle (1642-1732). Boulle était ébéniste, c’est-à-dire un artisan qui recouvrait le bois du châssis du meuble par d’autres essences comme l’ébène, d’où vient le nom « ébéniste », au contraire du menuisier qui n’utilisait que le bois du châssis et le décorait avec des reliefs ou des sculptures. Mais Boulle est surtout connu pour être l’un des initiateurs de l’emploi du bronze doré dans le mobilier.
Tout au long du parcours, nous découvrons des œuvres d’autres grands noms du meuble à cette époque. Charles Crescent (1685-1767) tout d’abord, sculpteur de formation, dont on voit une paire d’armoires de boiserie en encoignures, un bureau plat et un serre-papier sur son caisson, et une armoire à médailles, le tout avec de multiples placages et des ornements de bronze doré à profusion.
Dans la section consacrée à « L’Ecriture » d’autres grands noms apparaissent. Bernard II Vanrisenburgh (1700-1760) tout d’abord avec, ici, une élégante table à écrire, et surtout Jean-François Œben (1721-1763). Aujourd’hui encore nous sommes fascinés par ses meubles à mécanisme. Sa table mécanique dite « à deux fins » (1760), pour l’écriture et la toilette, se transforme automatiquement grâce à un système de ressort. Sa Table à la Bourgogne (1763), en l’honneur du duc de Bourgogne, se présente, avec un encombrement très réduit, comme une demi-commode munie d’un casier et de tiroirs, une table d’en-cas en marbre et un secrétaire à abattant. Mais grâce à une manivelle on peut faire apparaître une bibliothèque vitrée et elle possède aussi une table de lit et un prie-Dieu ! Une vidéo montre le fonctionnement de tous ces dispositifs.
Enfin, avec le fameux Bureau du Roi (1760-1769), terminé par son disciple Jean-Henri Riesener (1734-1806), on atteint le summum de la beauté et de l’ingéniosité. Ce secrétaire à cylindre, avec son horloge à deux cadrans, un pour le roi, l’autre pour son visiteur, mais un seul balancier, s’ouvre avec une seule clé, permettant au roi d’ouvrir son bureau, de débloquer automatiquement tous les tiroirs et d’accéder aux casiers secrets. Une vidéo montre tout cela.
Tout au long du parcours on découvre les recherches faites en matière de style, passant aux courbes élégantes pour revenir dès le milieu du XVIIIe à des formes « A la grecque », plus droites. Même démarche en matière de décoration avec l’emploi de toutes sortes de matériaux ou de produits comme le vernis Martin, imitant la laque, rare et chère. On admire le travail des différents corps de métiers, ébéniste, bronzier, ciseleur, doreur, horloger, tapissier, fondeur, vernisseur, marbrier, gainier, tabletier, canneur, passementier, mercier, ornementiste et bien d’autres, sans oublier les « marchands mercier », les seuls ayant le droit de vendre des objets qu’ils n’avaient pas fabriqués (« marchand de tout, faiseur de rien », selon Diderot), qui suggèrent de nouveaux besoins et usages. On fait mieux connaissance aussi avec les nombreuses appellations d’un meuble telle une table ou un siège selon son usage.
L’exposition se termine par le serre-bijoux de Marie-Antoinette, réalisé par Jean-Ferdinand Schwerdfeger (1734-1818), luxueux pendant, par sa forme et sa taille, du cabinet vu à l’entrée. Une exposition rare, aussi instructive que fascinante. Château de Versailles 78. Jusqu’au 22 février 2015. Lien : www.chateauversailles.fr.


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