
AMEN
Article
publié dans la Lettre n° 197
AMEN.
Film français de Costa-Gavras avec Ulrich Tukur, Mathieu Kassovitz,
Ulrich Mühe, Michel Duchaussoy (2001-couleurs-2h10).
A Berlin, au début de la seconde guerre mondiale, Kurt Gerstein,
ingénieur chimiste, s'engage dans la Waffen SS. Sa formation va
le plonger au coeur du processus d’extermination des juifs. Bouleversé
par ce dont il a été témoin à Belzek et à Treblinka, il s’emploie
alors à alerter l'église allemande qui avait publiquement condamné
l'extermination des handicapés, les gouvernements étrangers, par
l’intermédiaire du Baron Von Otter, diplomate suédois en poste à
Berlin, lesquels lui adressent une fin de non recevoir. En tentant
vainement de se faire entendre du nonce du pape, il croise un jeune
jésuite, Riccardo Fontana, secrétaire de la nonciature et fils d’une
famille aristocratique italienne très proche du Vatican, dont le
père travaille pour le Cardinal Maglione. Ensemble, Riccardo et
Kurt vont remuer ciel et terre pour tenter de stopper le ballet
monstrueux des trains qui emportent chaque jour des milliers d’hommes,
de femmes et d’enfants vers les camps d’extermination.
Pour construire leur scénario, Costa Gavras et Jean-Claude Grumberg
se sont directement inspirés du Vicaire, pièce de Rolf Hochhuth,
autrichien d’origine protestante, écrite dans les années 60. Si
le personnage charismatique du jeune jésuite est fictif, celui de
Kurt Gerstein, lui, est réel. Arrêté à la fin de la guerre, il fut
retrouvé pendu dans sa cellule après qu’il eut le temps de rédiger
un rapport précis sur les atrocités nazies dont il avait été le
témoin. Ce personnage énigmatique, interprété par Ulrich Tukur avec
d’autant plus de force et de crédibilité qu’il est un acteur inconnu
du grand public, permet au cinéaste de développer la partie purement
documentaire du film, l’effroyable cas de conscience de Gerstein.
Ici, Costa Gavras ne juge ni ne condamne, il expose des faits aussi
objectifs que possible, ce qui rend crédible le combat de son héros
face au silence des gouvernements des pays alliés et du Vatican
contre l’Allemagne, même s’il a délibérément omis ou déformé des
faits, notamment une phrase explicite prononcée par Pie XII, lors
de son allocution à Noël 42. En revanche, le personnage mélodramatique
de Riccardo lui permet de fondre l’évocation historique dans la
fiction, grâce à une intrigue sentimentale un peu trop poussée,
bien que fort bien mise en valeur par le jeu époustouflant de Mathieu
Kassovitz. Tout est alors permis pour donner une image de Pie XII
conforme à une pensée subjective.
Connaissant les positions politiques de Costa Gavras: « Z
», «l’Aveu», « Missing », il faut reconnaître que
sa démarche est plus mesurée qu’on aurait pu le prévoir et l’on
garde de son film le souvenir d’une oeuvre bien construite, même
si le choix d’une version en anglais est un non-sens très gênant.
Mais au-delà de cette polémique autour de l’implication personnelle
de Pie XII face à l'holocauste, une réflexion s’impose: Se dresser
verbalement contre les atrocités nazies n’aurait-il pas indisposé
la démence d’Hitler et de ses sbires au point d’aggraver le sort
de la communauté chrétienne sans pour autant soulager celle des
juifs? Il faut de plus souligner que la politique de Pie XII, durant
la guerre, est encore à l’étude aujourd’hui. Autre constatation:
Depuis cette époque, les médias se chargent de rompre le silence
avec forces images et reportages terrifiants. On ne compte plus
les génocides de par le monde. Sa sainteté le Pape Jean-Paul II
ne ménage ni sa peine ni ses mots, encore moins les gouvernements
concernés, pour se dresser contre de telles atrocités. Ses prises
de position ont-elles arrêté le cours de l’histoire, ont-elles arrêté
la main des bourreaux?. Lien: www.amen-lefilm.com.
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